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Témoignage et attestation sur l'honneur
de Joseph LE MORVAN


Joseph LE MORVAN, le 17 juin 1944 il fut témoin direct de l'embuscade tendue par cinq FTP à La Lande en Ploubezre. A la suite de cette action, sa famille dut subir les sévices des feldgendarmes. L'intérieur de la maison familiale fut saccagée.

Cet événement est évoqué dans le livre de Louis PICHOURON le commandant " ALAIN ", " Mémoires d'un Partisan breton ".
Voici le rapport du Capitaine MAURICE sur l'anéantissement d'un détachement de Feldgendarmes à la Lande Ploubezre, le 17 juin 1944 :

Samedi 17 juin 1944.

Journée d'émotion pour les FTP du maquis de Lannion. Aux premières heures de la journée un de nos déta-chements revenait d'une expédition extraordinaire à Peumerit-Quintin - Duault en camion ; étant partis depuis une huitaine de jours nous les croyions morts. Ils revenaient complètement exténués après avoir participé à un combat en liai-son avec des parachutistes et forcé des barrages ennemis.

Dans la matinée je fus prévenu du passage d'un camion de Feldgendarmes venant de Plouaret. Celui-ci se dirigeait sur Lannion où s'effectuait, au camp d'aviation, une réquisition générale de véhicules. Nous décidons l'attaque de ce camion lorsqu'il sera sur le chemin du retour, le soir même, entre Ploubezre et Kérauzern, au lieu dit La Lande en Ploubezre.

Nous quittons la ferme ÉVEN, près du Quinquis, vers 20 heures. Le groupe est composé comme suit : Jacques "PETIOT" , Jean QUÉRÉ, Jean LE BIHAN Le petit détachement est encadré par MAURICE et FRANZ, un anti-fasciste autrichien déserteur de l'armée hitlérienne. Notre armement consistait en quatre mitraillettes, un pistolet et FRANZ avec son Mauser.

Après une marche de deux heures à travers la campagne, car nous devions éviter la route de Lannion, la voie ferrée et les fermes, nous arrivons en vue du clocher de Kérauzern et traversons la voie ferrée qui, à cet endroit, est parallèle à la route et séparée de celle-ci par une centaine de mètres. Notre dispositif de combat est rapidement pris. J'invite une fermière que notre manège semblait intéresser à dégager les lieux.

À l'instant même où je perçus le bruit d'un camion, nous étions postés en tirailleurs, à trois mètres l'un de l'autre, sur le talus bordant la route et bien dissimulés dans les fougères.

J'étais à l'extrémité nord du dispositif et j'apercevais le virage à une cinquantaine de mètres d'où devait déboucher le camion. La fermière se dirigea rapidement vers le virage. Au moment où elle allait l'atteindre, je la vis lever les bras au ciel et faire des signaux désespérés au camion. Ce geste me laissa supposer que c'était un camion français et pas encore celui que nous attendions. Je l'aperçois dans le crépuscule, il approche, il ralentit, il est maintenant à vingt mètres.

C'était bien le camion boche. Je distinguai les casques. Il est à dix mètres, il va s'arrêter. Il est là à nous toucher.

Le canon de ma mitraillette bloqué dans une fourche d'arbuste, je lance ma première rafale dans la cabine.

Aussitôt se déchaîne le concert des rafales rageuses des mitraillettes, ponctué par des coups plus sourds du Mauser de FRANZ. Le camion est, arrêté, en un clin d'œil nous sommes debout, le dominant ; du haut du talus la grêle de projectiles plonge sur les colliers de chien.

Une vingtaine n'ont pu esquisser un seul geste de défense; on les voyait s'écrouler comme des pantins sous les balles reçues pres'qu'à bout portant.

On n'entendait plus que le râle des mourants lorsqu'on se préparait à sauter dans le camion pour récupérer les armes du nos adversaires. Mais nous fûmes surpris par l'arrivée d'un side-car, puis d'un autre camion chargé de boches. Le premier reçut une rafale et alla plonger dans le fossé, mais les occupants du deuxième camion mirent pied à terre et se déployèrent dans les champs.

Etant inférieur en nombre, je commandai le repli derrière la voie ferrée.

La nuit était tombée, ce qui favorisa notre retraite ; dans la nuit, l'ennemi ouvrit le feu dans notre direction mais n'osa pas se lancer à notre poursuite.

À une heure du matin nous avons réintégré nos bottes de paille; les Feldgendarmes tortionnaires de Plouaret et leur lieutenant criminel de guerre venaient de payer leur dette pour les atrocités et les forfaits qu'ils avaient per-pétrés au maquis de Kerguiniou et ailleurs.

Le 17 juin 1944, attaque par des FTP d'un camion de feldgendarmes à La Lande en Ploubezre.

 

Un des faits marquants parmi les actions menées par la Résistance dans le canton de Lannion fut l’attaque d’un camion de feldgendarmes à la Lande en Ploubezre par un groupe de six FTP. Cette opération a mis en évidence, que sans l’appui de la population civile rien ne fut possible (renseignements, hébergement, silence des témoins, cache après une opération menée...).

D’après « le capitaine MAURICE » pseudonyme de Corentin ANDRE, qui dirigea l’opération :
« La décision de mener une expédition punitive contre les tortionnaires et tueurs du lieutenant chef de la prévôté de la 266éme division de la Wehrmacht et tortionnaire de la Pépinière en Plouaret avait mûri au fil des événements : rafles de Plouaret, du Dresnay, de Perros-Guirec ; combat de Kerguiniou en Ploubezre ; exécutions de Servel ...

Nous disposons d’un élément précieux et efficace en la personne de Madame PINSON institutrice à l’école publique de Kérauzern en Ploubezre, distante du bourg d’environ 4 km, qui nous donnera tous les renseignements utiles. »

Dans son livre « Mémoires d'un Partisan Breton », le commandant ALLAIN pseudonyme de Louis PICHOURON relate cet événement, d'après un résumé de Corentin ANDRE.

« Dans la matinée de 17 juin je fus prévenu du passage d'un camion de feldgendarmes venant de Plouaret. Celui-ci se dirigeait sur Lannion où s'effectuait, au camp d'aviation, une réquisition générale de véhicules. Nous décidons l'attaque de ce camion lorsqu'il sera sur le chemin du retour, le soir même, entre Ploubezre et Kerauzern, au lieu dit La Lande en Ploubezre.

Nous quittons la ferme EVEN, près du Quinquis, vers 20 heures. Le groupe est composé comme suit : « Petiot » pseudonyme de Jacques GUENNEC, Jean QUERE originaire de Ploubezre et servant de guide, Jean LE BIHAN. Le petit détachement est encadré par « le capitaine MAURICE » pseudonyme de Corentin ANDRE et FRANZ, un antifasciste autrichien déserteur de l'armée hitlérienne.

Notre armement consistait en trois mitraillettes, un pistolet et FRANZ avec son fusil Mauser emporté lors de sa désertion le 28 mai 1944 du camp d’aviation de Servel.

Après une marche de deux heures à travers la campagne, car nous devions éviter la route de Lannion, la voie ferrée et les fermes, nous arrivons en vue du clocher de Kerauzern et traversons la voie ferrée qui, à cet endroit, est parallèle à la route et séparée de celle-ci par une centaine de mètres.

Notre dispositif de combat est rapidement pris. J'invite une fermière que notre manège semblait intéresser à dégager des lieux.

A l'instant même où je perçus le bruit d'un camion, nous étions postés en tirailleurs, à trois mètres l'un de l'autre, sur le talus bordant la route et bien dissimulés dans les fougères.

J'étais à l'extrémité nord du dispositif et j'apercevais le virage à une cinquantaine de mètres d'où devait déboucher le camion. La fermière se dirigea rapidement vers le virage. Au moment où elle allait l'atteindre, je la vis lever les bras au ciel et faire des signes désespérés au camion. Ce geste me laissa supposer que c'était un camion français et pas encore celui que nous attendions. Je l'aperçois dans le crépuscule, il approche, il ralentit, il est maintenant à vingt mètres.

C'était bien le camion boche. Je distinguai les casques. Il est à dix mètres, il va s'arrêter. Il est là à nous toucher.

Le canon de ma mitraillette bloqué dans une fourche d'arbuste, je lance ma première rafale dans la cabine.

Aussitôt se déchaîne le concert des rafales rageuses des mitraillettes, ponctué par des coups plus sourds du Mauser de FRANZ. Le camion est arrêté, en un clin d'œil nous sommes debout, le dominant ; du haut du talus la grêle de projectiles plonge sur les colliers de chien (allusion aux colliers portés par les soldats allemands).

Une vingtaine de soldats allemands n'ont pu esquisser un seul geste de défense ; on les voyait s'écrouler comme des pantins sous les balles reçues presque à bout portant.

On n'entendait plus que le râles des mourants lorsqu'on se préparait à sauter dans le camion pour récupérer les armes de nos adversaires. Mais nous fûmes surpris par l'arrivée d'un side-car, puis d'un autre camion chargé de boches. Le premier reçut une rafale et alla plonger dans le fossé, mais les occupants du deuxième camion mirent pied à terre et se déployèrent dans les champs.

Etant inférieur en nombre, je commandais le repli derrière la voie ferrée.

La nuit était tombée, ce qui favorisa notre retraite; dans l’obscurité, l'ennemi ouvrit le feu dans notre direction mais n'osa pas se lancer à notre poursuite.

A une heure du matin nous avons réintégré nos bottes de paille, après un bon casse croûte offert par le père EVEN pour la circonstance.

Les feldgendarmes tortionnaires de Plouaret et leur Lieutenant criminel de guerre, appelé « Le boucher de Plouaret », venaient de payer leur dette pour les atrocités et les forfaits qu'ils avaient perpétrés au maquis de Kerguiniou et ailleurs. »

Les blessés allemands seront transportés à Plouaret puis transférés dans l'hôpital militaire allemand de Pédernec.

Le nombre de morts allemands est difficile à évaluer, car les occupants ne publiaient jamais de bilan des opérations réalisées par la Résistance. Mais à 10 mètres, projeter sur un objectif à l'arrêt 200 projectiles cela fait habituellement beaucoup de dégâts, on peut penser qu'il y eut 25 allemands blessés ou tués.

Commentaires de Corentin André :
« Commence pour la famille Le Morvan une période hallucinante où elle fera preuve d’un courage et d’une fermeté admirable. Marie la fille ainsi a reconnu un des membres de l’expédition, Jean QUERE un voisin.
Le père indique la conduite à tenir : « Ce ne sont pas des gens du pays ». Les parents et les trois adolescents ne céderont pas aux interrogatoires et aux menaces, il n’y aura pas de représailles contre la population. »

Précisions :
Le boucher de Plouaret s'appelait ALFRET secondé par un autre du nom de METTEI.
D'après des témoins, le camion réussit à rejoindre Plouaret, il arrive près de la gare, les allemands entrent brutalement dans un café qui est fermé à cette heure, ils sont très excités, ils interdisent aux occupants qui sont des femmes exclusivement de sortir. Malgré tout dans le camion de nombreux corps étendus en désordre et visiblement morts sont vus de façon très distincte.
Le lendemain une traînée de sang était visible sur la route en partant de la Lande.
Le complice du boucher de Plouaret, le bourreau, s'appelait ALFRET, de nationalité luxembourgeoise, il est vu quelques jours plus tard, des pansements dissimulent des plaies sur son visage et un bras est en bandoulière.
L'endroit exact de l'embuscade se situait à côté d'une forge tenue par Jean JEGOU, à environ 300 mètres du lieu dit la Lande en direction de Ploubezre.
Corentin ANDRE, appelé par ses hommes « le Capitaine MAURICE » dirigea par la suite les opérations de Libération du secteur Lannion, Perros-Guirec du 5 au 10 août 1944.
FRANZ était équipé de balles explosives emportées lors de sa désertion, l’un des tortionnaires fut atteint en pleine poitrine par l’un de ces projectiles, il fut transporté par dans une maison voisine où il se vida de son sang.